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Courir pour le handicap rare : portrait d’un traileur

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L’histoire du Marathon des Sables débute en 1986, lorsqu’un groupe d’ultra-traileurs se lance le défi de parcourir plus de 250 kilomètres en autosuffisance alimentaire, en plein cœur du Sahara. Ensuite, l’aventure s’est poursuivie à travers le monde, des îles Canaries à la Namibie, en passant par le Pérou, la Jordanie ou encore les Alpes. Depuis sa création, cet évènement a rassemblé plus de 40 000 coureurs et marcheurs de tous âges, unis par une même passion pour le sport et le goût du dépassement. 2024 marque un tournant avec la première édition du MDS Handi, réunissant des équipes mixtes composées d’athlètes en situation de handicap et de leurs accompagnants. Cet esprit d’inclusion se poursuit en 2025, avec les Crazy Loops, au milieu de paysages montagneux.

Nous avons interviewé Adrien, ingénieur en génie mécanique et matériaux, qui fera en novembre prochain 120 kilomètres dans le désert du Wadi Rum, pour le Marathon des Sables Jordanie. Portrait d’un passionné de sport, qui profitera de ce challenge pour mettre en avant le dispositif Équipe Relais Handicaps Rares.

Adrien, quel est ton parcours sportif ? As-tu commencé par la course ?

Non, pas par la course. Le sport a toujours eu une place importante pour moi, depuis tout petit. Dès l’âge de trois ans, j’ai pratiqué le qwan ki do, le football, puis le handball, que j’ai poursuivi à l’université. En 2020, le confinement est arrivé. En raison des restrictions sanitaires, je me suis mis à courir en m’appuyant sur les conseils de ma mère, qui avait préparé le semi-marathon de Reims quelque temps auparavant. Au début, cette activité était pour moi avant tout un défouloir. Je ne voyais pas d’intérêt à courir sur une longue durée, privilégiant les courtes distances à l’endurance. Puis j’ai eu l’occasion de rencontrer des amoureux de cette discipline, lors de mon stage d’étude de quatrième année notamment. Grace à eux, j’ai pris part à une première épreuve : le 10 km d’Amiens “Courir la Jules Verne”. Puis je suis vite devenu accro à cette pratique. En 2022, je préparais le Marathon de Paris (42,2 km). En 2023, je suis parti à Angoulême pour y réaliser mon stage de fin d’études et courir est devenu un refuge après le travail. C’est dans cette ville et ses alentours que j’ai ensuite découvert le trail. J’ai débuté par une course de 15 kilomètres, avant d’être attiré par des distances et des durées d’efforts plus longues. En 2024, je me suis lancé dans le Sacré trail, sur la distance de 97 kilomètres, à Reims. Cette année, je vise un trail de 113 km au Luxembourg. Ce qui m’anime, dans cet exercice, c’est le dépassement de soi, l’introspection, la découverte des environnements qui nous entourent, la rencontre et le partage de moments conviviaux avec des coureurs, des proches et des bénévoles. Pourquoi pas, un jour, me rendre à La Réunion pour la Diagonale des Fous ?

À quoi ressemble un entrainement type pour préparer cet évènement ?

Il est encore trop tôt pour une préparation spécifique, mais depuis le début de l’année, je veille à augmenter les distances et l’intensité de l’entrainement au fil des semaines. Je fais cela sur un cycle de trois semaines, la quatrième étant réservée à la récupération. À l’approche du Marathon des Sables, j’envisage des sorties plus longues et répétées en alternant entre course et marche pour préparer physiquement mon corps à deux ou trois jours d’efforts de suite, en lestant progressivement mon sac jusqu’à six kilos avec des paquets de pâtes. Le matériel porté pendant l’épreuve sera équivalent à ce poids. Idéalement, j’aimerais également faire une excursion sur la dune du Pilat, afin d’expérimenter la course dans le sable et de tester mes équipements comme les guêtres.

J’ai conscience que le mental sera primordial. Le jour J, il y aura certes l’adrénaline et l’euphorie de l’aventure. Mais une fois lancé je serai seul avec moi-même et mes difficultés (poids du sac, température élevée, sable, douleurs). Je serai dans un environnement inconnu, avec des lignes droites à perte de vue, sans pouvoir visualiser l’arrivée. Cet aspect ne doit donc pas être négligé dans la préparation.

Que t’évoquent les trois valeurs du Marathon des Sables : inclure – inspirer – fédérer ?

Inclure

Le Marathon des Sables est une « course » sur laquelle il n’est pas nécessaire de courir pour être « finisher ». Il se veut donc très accessible. Chaque édition accueille des participants de tous les âges et de tout type de nationalité (N.D.R.L. : des participants venus de plus de 70 pays en 40 ans). C’est une grande famille, composée de personnes qui se retrouvent pour le sport, le décors et l’aventure humaine. Le Marathon des Sables, c’est aussi d’autres évènements comme le Crazy Loops, avec des parcours en joëlette pour les personnes en situation de handicap. Mais aussi de belles histoires comme celle de Mathieu Blanchard et de son frère, Luca, amputé au niveau de la jambe, tous deux « finishers » du Marathon des Sables Jordanie. En y participant et en parlant du handicap rare et des actions des équipes relais, je souhaite mettre en avant cette valeur d’inclusion.

Inspirer

La Jordanie et la réserve du Wadi Rum sont des lieux qui me sont inconnus. Les paysages sont magnifiques d’après les photos. Cela m’inspire. L’imaginaire donne un côté mystique à ce désert. Sur place, il y aura la cité de Petra à visiter, une des sept merveilles du monde. Je n’ai volontairement pas regardé d’images pour faire de cette découverte un émerveillement total.

Fédérer

Le côté humain de l’aventure est l’une des raisons pour lesquelles je me lance dans le Marathon des Sables. Nous y serons tous réunis par une même flamme. Sur quatre jours, nous rencontrerons les mêmes difficultés et nous partagerons le même bivouac. Lors de la journée de récupération, des activités communes seront proposées (méditation, étirements). Cela créera sûrement des liens. Totalement déconnectés, nos énergies seront liées le temps de quelques jours. J’espère pouvoir nouer des amitiés fortes avec d’autres participants.

Le MDS, depuis 2024, propose une édition pour les athlètes en situation de handicap. Tu t’es engagé de ton côté à mettre en lumière le handicap rare. Pourquoi ?

Disons que le handicap, c’est une grande partie de ma vie. L’une de mes tantes est sourde, et deux personnes de mon entourage proche (dont ma mère) ont toujours exercé dans ce milieu. Petit, je l’accompagnais aux kermesses organisées par son travail et me suis lié avec des résidents en situation de handicap. J’ai donc grandi dans cet environnement développant chez moi une certaine sensibilité pour la cause du handicap, notamment sur les problèmes d’accessibilité des personnes à mobilité réduite au quotidien. Au cours de ma scolarité, j’ai initié des projets en lien avec le handicap, plus particulièrement sur les fauteuils roulants. Par exemple, lors de travaux de pratiques encadrés au lycée, je me suis penché sur la question des trottoirs en proposant un système prototypé et universel. Fixé sous l’assise du fauteuil, il permettait le franchissement des marches et trottoirs. Puis étudiant, j’ai travaillé sur la conception d’un système mécanique pour les fauteuils sportifs. J’ai suggéré l’idée de concevoir un fauteuil pour le quotidien avec des modules pouvant être ajoutés sur les côtés, à l’avant, ou au niveau du repose-pieds, afin que les personnes concernées puissent pratiquer le sport de leur souhait, sans avoir à changer de matériel à chaque pratique sportive. Du fait de mon engagement, je me voyais être employé plus tard d’une entreprise spécialisée dans la réalisation de prothèses sportives. Mais les opportunités professionnelles ont fait que je me suis dirigé vers un autre domaine. De ce parcours, et du fait que ma mère soit en poste au sein des équipes relais, j’ai tout naturellement voulu profiter de cet évènement sportif pour parler du handicap rare. Par mes actions de sensibilisation et de communication, je souhaite faire connaitre cet univers à mon entourage, et au-delà.

Nous suivrons Adrien dans sa préparation sportive et vous ferons découvrir les prochaines étapes de ce voyage, de la Champagne à la Jordanie. Suivez-nous pour ne rien rater !

Publié le 31 mars 2026
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